Dimitri Djivanides, the american dream à l’usu corsu

Né d’une famille modeste, Dimitri a grandi dans le quartier de l’albert 1er à Aiacciu. Peu attiré par les bancs de l’école (qu’il quittera en 3ème), il consacre la plupart de son temps d’adolescent à la pratique de sa passion, le noble art. Boxeur émérite du Ring Ajaccien, il sera sacré champion inter régional amateur.

Il participe aussi déjà à la vie culturelle, avec d’ autres jeunes gens de sa génération, au sein d’a Scola di Cantu de Natale Luciani.

Vivant de petits boulots, 2 rencontres vont changer le cours de sa vie.

La première avec le bâtonnier Antoine Solacaro qui va lui donner le goût des sciences juridiques. Dimitri décide alors de reprendre ses études, passe une capacité en droit puis reprend un cycle normal jusqu’à obtenir sa maîtrise au sein de l’università di Corti.

La seconde, avec celle qui deviendra plus tard son épouse, une jeune américaine qui était venue à Aiacciu comme assistante d’anglais. Cette rencontre sera décisive.

Peu de temps après, Dimitri et Sonia décident de partir s’installer aux États Unis, à Washington DC. Dimitri tentera, et obtiendra au bout de la 3 fois (comme un certain John Fitzgerald Kennedy) le barreau de New York. Le boxeur du ring Ajaccien ayant arrêté l’école en 3 ème est avocat aux États Unis.

Il se marie. De cette union naitrons 2 enfants (Matteu et Stella).

Cependant l’éloignement est pesant et Dimitri souhaite se rapprocher de la Corse. Toute la famille revient alors en Europe et plus précisément à Bruxelles. Dimitri travaille alors pour un cabinet americain de résolution de conflits.
Pour pouvoir travailler en France ou en Corse il décide de passer le barreau de Paris. Il réussira encore ce nouvel exploit.

Son objectif aujourd’hui, tenter de rentrer chez lui afin de faire profiter la Corse de son expérience et de sa volonté indéfectible.

Comment vivez-vous la Corse et votre corsitude par le monde ?

La Corse, est avec moi tous les jours, son visage, sa présence, et ses traits de caractères se matérialisent dans mes rapports aux gens, dans ma manière d’aborder les situations au quotidien.  Les avocats avec qui j’ai étudié à l’université de droit à Washington D.C. me décrivaient comme quelqu’un d’à part, différent de ces étudiants venus des « grandes » universités parisiennes, et surtout, fier de son île, ce qui a toujours éveillé leur curiosité.  J’ai toujours eu à cœur de faire la promotion de la Corse, de son patrimoine culturel, de sa langue et surtout de casser les stéréotypes en parlant de la Corse de sa véritable histoire, celle qui n’est pas enseignée dans les livres. C’est d’ailleurs pour cela que dans le cadre de mon master en droit international à Washington D.C.  J’avais eu l’honneur de donner une présentation sur la nation corse de Paoli, et de son contrat démocratique qui avait fortement influencé la constitution des Etats-Unis.  J’ai toujours essayé de me comporter en ambassadeur de la Corse en portant sa voix à travers mes expériences académiques et professionnelles.      

En tant que corse de l’extérieur et avocat, quel est votre avis sur le concept de diaspora ?

Ma réponse se trouve dans votre question puisque vous avez employé le terme « corse de l’extérieur ».  Pour répondre à cette question, je pense qu’il serait plus approprié d’aborder la question du peuple corse, et donc dans un deuxième temps des corses vivant à l’extérieur, car en employant la terminologie diaspora, on érige une séparation entre les corses vivant à l’année en Corse (ce qui était mon cas il n’y a pas si longtemps) et ceux ayant dû partir pour différentes raisons.  Pour moi il y a un peuple corse réunissant ceux vivant à l’année en Corse et ceux vivant à l’extérieur.  Barrière constitutionnelle ? 

Da per noi, par nous-même, cela évoque t’il quelque chose pour vous ?

 Pour moi, cela évoque l’humanité en général, la condition humaine, et donc faisant un lien avec votre précédente question le « nous » me ramène inconditionnellement à la notion de peuple corse et, des hommes et des femmes qui le composent dans sa diversité. C’est ensemble, que « nous » devons travailler, sans « nous » travestir mais en « nous » ouvrant aux autres peuples afin d’avancer avec force et confiance afin de pouvoir affirmer notre singularité en Europe et ailleurs. 

 Quelle est votre vision de la Corse à moyen et long terme ?

Votre question me ramène à mes enfants, à l’avenir de notre jeunesse et aux futures générations, avec toujours cette même hantise : qu’elle Corse allons-nous leur laisser ?  Les questions de développement et de justice sociale n’ont jamais été aussi présentes et la crise sanitaire semble avoir renforcé leur poids. Nous le savons tous, la Corse a un patrimoine naturel et historique unique au monde et nous devrions être un exemple de développement durable et identitaire en méditerranée et en Europe. 

Quel modèle de développement voulons nous emprunter pour construire notre avenir ?  Une chose est certaine, cette fièvre autour du béton et l’apparition de ces centres commerciaux en périphérie d’Aiacciu et de Bastia semble être le parfait exemple à ne pas suivre car créant des zones de souffrances terribles et une perte d’identité culturelle des populations.  Ces zones commerciales sont d’ailleurs aujourd’hui décriées aux Etats-Unis et en Europe.  Enfin, le tourisme restant la principale activité économique, si rien n’est fait pour changer de cap, et repenser ensemble notre développement, avec nos spécificités géographiques, historiques et démographiques, nos chances d’épanouissement social et économique me semblent fortement compromises.  Cela demandera une volonté politique innovante et notamment une approche différente venant de Paris, ce qui pour le moment semble faire défaut.    

Il nous faut absolument revoir nos copies et investir massivement dans l’éducation, la culture, le sport, la valorisation de nos territoires, dans l’artisanat, dans le secteur agro-pastoral et bien sûr dans l’accession au logement. 

Je pense que notre espoir et notre plus belle richesse réside dans notre jeunesse.  C’est pourquoi il faudra identifier les secteurs économiques clés de demain et s’interroger très vite sur des formations ciblées et pertinentes pour nos jeunes afin de pouvoir les préparer à investir chez nous et à devenir les acteurs de cette « nouvelle économie ».  Pour cela, l’Università di Corsica aura un rôle crucial et aura besoin de partenariats locaux forts, en méditerranée , en Europe et à l’international et, notamment dans le secteur privé.  Un des secteurs clés pour l’avenir et le développement économique de la Corse se trouve dans l’économie « bleue-verte ».  Aussi, l’aide aux financements de start-ups et jeunes entreprises innovantes locales dans le domaine de la transition écologique et des nouvelles technologies sera primordiale.    

Avec la crise sanitaire et économique les fonds publics ne suffisent plus à financer les projets de développement, et ce sera aux acteurs politiques de développer des politiques fiscales et d’investissements capable d’inciter le secteur privé à s’investir dans les défis économiques, sociaux et environnementaux et, à travailler avec les acteurs de la société civile autour d’un débat public.  Les défis à venir seront colossaux, mais il faudra rester concentrés , déterminés, et continuer à se battre comme sur un ring.      

 Du fait de vos expériences, comment la Corse et les corses sont-ils vus de Washington D.C en passant par Bruxelles capitale européenne ?

La Corse a toujours suscité la curiosité des personnes que j’ai pu rencontrer que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe et notamment à Bruxelles.  Certains s’arrêtent à la destination paradisiaque, d’autres plus éduqués sur notre île, connaissent notre histoire, Napoléon bien sûr, Paoli, l’existence d’une langue Corse, d’une culture, d’un peuple.  La musique et le chant aident à construire des ponts entre les peuples, et bien souvent lorsque j’ai eu l’occasion de chanter en Corse avec des amis d’enfance en visite (anciens di a Scola di Cantu di Natale Luciani), nous avons pu voir l’intérêt des gens (américains et autres) et l’envie d’en savoir plus, et peut être de venir un jour visiter cette terre, et pas seulement pour les plages.  Encore une fois, le constat est là, notre patrimoine naturel, culturel et historique sont nos plus beaux atouts, et au-delà de l’hexagone nous sommes reconnus pour ce que nous sommes, un peuple. 

 Quand comptez-vous rentrer ?  

En partant aux Etats-Unis rejoindre celle qui allait devenir ma femme, je savais déjà que je rentrerais, cela est assez étrange, c’est comme une certitude que l’on porte en soi au quotidien.  Lorsque j’étais à Washington D.C. je commençais déjà à m’interroger sur comment mettre mes compétences et expériences au profit de mon île et j’avais d’ailleurs mis en relation l’Università di Corsica avec mon université de droit, l’American University, Washington College of Law.  Aujourd’hui, partageant mon temps entre le barreau de Paris et une activité en conseil dans un cabinet anglo-saxon basé à Bruxelles, j’explore les opportunités professionnelles pour ramener ma famille en Corse, à Aiacciu, mais cela n’est pas aussi simple car on revient toujours au même constat, rien n’a été pensé pour permettre à ceux qui veulent rentrer de mettre leurs nouvelles compétences à la disposition d’un programme de développement de la Corse, et notamment en utilisant leurs contacts académiques et professionnels.  Tout reste à faire et lorsque j’entends mon fils Matteu me dire : « papa, j’ai rêvé que l’on rentrait en Corse », je suis certain que j’arriverai à trouver le chemin du retour et, que j’apporterai ma pierre à notre projet commun.   

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